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Les Techniques Traditionnelles

Les gages du savoir-faire

Il paraît difficile d’aborder différentes approches dans le rapport entre l’environnement et le bâtiment sans mentionner avant tout le savoir faire du bâtiment qu’avaient les anciens. Car dans cette culture, il y avait des qualités environnementales incontestables et une adaptation du bâtiment à son environnement qui font que l’on peut aujourd’hui parler de « patrimoine ».

Jean Coignet, dans son ouvrage « Réhabilitation, arts de bâtir traditionnels, connaissance et techniques »(2) nous révèle cette richesse :

« En observant les techniques de la tradition, on découvre une véritable science dont l’efficacité est attestée par une masse considérable de références résultant d’une pratique longue de quelques millénaires, et qui était encore universelle il y a un peu plus d’un siècle.

La science de la construction traditionnelle correspond à une connaissance exacte et raisonnée, fondée sur l’expérimentation du comportement en oeuvre des matériaux de construction (...) C’est évidemment une science traditionnelle, exclusivement expérimentale et qui s’est développée sans aucune théorisation mathématique. Son caractère scientifique est parfois occulté à nos yeux par l’archaïsme de formulation de certaines règles qui peuvent alors amuser. Et pourtant ça tient !

Et pourtant ça tient ... la notion de durabilité est ici expérimentée, au moins au premier niveau, pour évoquer la capacité du bâtiment à traverser l’épreuve du temps. Mais quels sont ces éléments qui font preuve d’une bonne adaptation à l’environnement ?

En ce qui concerne l’environnement, le choix de l’emplacement est primordial : la localisation des bâtiments faisait l’objet d’une étude attentive, souvent les nouvelles constructions étant situées dans un périmètre rapproché des lieux d’habitation existants. Le sol, son humidité, la végétation du lieu, l’orientation du soleil, la direction des vents, la disponibilité des matériaux pour la construction, de l’eau pour la consommation, autant d’éléments qui amenaient au choix d’un terrain approprié.

Mais cet emplacement n’avait de sens que seulement si les coutumes et usages pouvaient être respectés : la proximité des surfaces cultivées, l’accès à l’eau, la capacité à l’épuration des souillures : jardin où animaux pour l’eau de la souillarde, compost pour l’engrais des plantes. L’organisation des bâtiments profitait au mieux du contexte bio-climatique : le bâtiment était, par exemple, orienté pour que le vent puisse pénétrer les greniers et maintenir une ventilation nécessaire à la conservation des grains. Ce rôle important était la plupart du temps l’affaire de systèmes de structures et d’habillages à claire-voie.

Les matériaux de construction étaient d’origine locale ou régionale : Pour la survie de la communauté locale, l’état des ressources (bois ou carrières par exemple) était connus et faisait l’objet d’une attitude de prévoyance. La mise en oeuvre de ces matériaux étant pratiquée depuis de nombreuses générations, celà impliquait, dans une certaine mesure, une maximisation de leur potentiel par l’amélioration progressive des recettes et méthodes d’élaboration. Les différences régionales témoignaient d’une adaptation au climat et d’une intégration au lieu.

Pour faire perdurer le bâtiment dans ses usages ou pour l’améliorer, on avait recours soit aux mêmes ressources, soit à la récupération et au recyclage de matériaux existants. Les choix s’imposaient d’eux-même, on remplaçait le pisé delavé des murs par de la terre compatible provenant principalement de la même source.

La construction ou l’amélioration du bâtiment était l’affaire de l’habitant : chaque année, la préservation et la bonne tenue du bâtiment impliquait un chaulage des façades. La détérioration par les bêtes nécessitait une réparation rapide afin de ne pas mettre en jeu la bonne tenue du bâtiment.

Mais toutes ces caractéristiques d’époque que l’on formule ici sous l’appellation d’une approche traditionnelle n’étaient valables que dans une économie de survivance ou toutes les valeurs étaient comptées. C’était une époque où le travail de la terre était l’occupation la plus répandue. La relation avec la terre et la réalité de la matière était quotidienne. Un sens des solutions adéquates, des proportions justes était évident sous peine d’inconfort et de détérioration du bâtiment.

L’arrivée de l’ère industrielle bouleversa ce système. La spécialisation progressive des fonctions éloigna l’habitant de son rôle de « gardien de la maison ». La gestion du bâtiment entra peu à peu dans le giron de l’industrie du bâtiment. Dans la même mesure, l’habitant fut appelé à une plus grande mobilité géographique, la maison se proposa comme une annexe du travail, un dortoir pour le travailleur.

Aujourd’hui, envisager le bâtiment existant à améliorer en tenant compte des facteurs environnementaux implique une connaissance de son origine, une analyse de son histoire. Le contexte de sa création nous informera de sa raison d’être et par là du rôle de ses composants architecturaux.

Cette approche nous permettra de mesurer le degré d’adaptation environnementale à l’origine. Les solutions d’amélioration seront soit en continuité d’une bonne adaptation pré-existante, soit en remplacement d’une mauvaise adaptation. Bien évidemment, et dans tout les cas, cette approche doit intégrer les nouvelles valeurs et les nouveaux usages prévus au bâtiment existant.

L’évolution des connaissances et des technologies nous permettent aujourd’hui d’aller beaucoup plus loin dans la maîtrise de l’adaptation environnementale d’un bâtiment. La prise en compte de la réalité historique du bâtiment s’impose comme une étude préalable nécessaire.

http://batirsaintest.free.fr/IMG/jp...

(2) COIGNET, Jean « Réhabilitation, arts de bâtir traditionnels, connaissance et techniques », éd. Edisud, Aix en Provence, 1987, 130 pages

Fabien BAKER, Architecte DPLG. partie Travail personnel de fin d’étude

copyright © 1996-2013 Fabien Baker et Bâtir-Sain 30/7/2002

 

Tapoté le 9 février 2009
par Batir Sain
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1 commentaire

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Dire que la construction Traditionnelle est basée sur l’expérimentation me parait un "jugement" fais avec des yeux contemporains, car si nous vivons dans un système empirique, il n’en a pas toujours été le cas. En réalité l’origine des modes traditionnels de construction se perd dans la nuit des temps. Ce dont nous sommes sûr en revanche c’est qu’il y a eu une "transmission" (mot auquel se rattache d’ailleurs la notion de tradition) de ces connaissances. Ces connaissances ont traversées les siècles et ont subis une transposition suivant le contexte dans lequel elles s’inscrivaient. Ainsi, si une construction, ou un élément constructif, répondait à des besoins ou fonctions immédiates, ils avaient un caractère "signifiant" et "identitaire" reliant ses occupants au monde (dans tout les sens du terme) auxquels ils participaient.Et finalement, le caractère purement fonctionnel et matériel, quelquefois émotionnel, qui prévaut dans la construction moderne en dit long sur notre vision et notre relation au monde.


Tapoté le 17 décembre 2009 18:41 par Numérobis


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