Tous Approche 1 Approche 2 Approche 3 Architectes, professionnels du bâtiment 1 Compte rendu d’évenements Constructions Généralités Techniques Urbanisme

Rechercher


La démarche organique

L’autre tradition du mouvement moderne*

La notion d’« organicité » en architecture est plutôt récente et sa définition variable selon les auteurs. En 1973, Charles Jenks dans « Mouvements modernes en architecture »(10) distingue six traditions ou mouvements principaux en architecture : logique, idéaliste, conscient, intuitif, militant, extrémiste. Il date l’architecture organique du début des années 1950 et la positionne dans le courant intuitif.

Une définition récente, celle de Karl Dieter Bodack (11), associe l’origine de l’architecture organique au développement des sciences et particulièrement de la théorie de la relativité ayant permis de passer d’une approche statique à une approche dynamique et cybernétique du monde.

Mais quels sont les fondements de cette « vision organique » des choses ?

" De l’antiquité à nos jours, on peut recenser de très nombreuses théories et philosophies sociales qui adoptent résolument une perspective organiciste... (menant) un parallèle entre l’organisation physiologique du corps humain et celle qui permet le fonctionnement social. Que l’on considère les écrits d’Aristote et en particulier la Politique, ceux de penseurs du Moyen-Age, ou encore du XVIIIième siècle comme Hobbes ou Rousseau, sans cesse cette comparaison est établie. Elle se trouve, de plus, considérablement renforcée, à la fin de XVIIIième siècle et au début du XIXième, par le progrès des sciences physiques... Pour Lavoisier, comme pour Lamarck ou Cuvier, l’organisation du monde vivant révèle en effet l’intégration des fonctions et donc des organes en un tout cohérent." (12)

L’origine de cette notion et même de cette pratique semble donc remonter à fort longtemps. Elle se présente multiple et complexe. Bruno Zévi identifie cinq courants "qui souvent se mêlent et convergent." (13)

* L’école de Sullivan, ...(vers 1883-1893), recherchant un type de décoration qui ne soit plus appliquée aux structures mais qui naissent de celles-ci. * L’école de Wright, qui traduit dans le traitement de l’espace les visées de Sullivan. * Le Bay Region Style, situé au croisement de Wright et de Bernard Maybeck et le pont entre l’orient et l’occident. * L’empirisme scandinave ...qui développe le rationnalisme en interprétations plus souples, capable de récupérer la richesse des matériaux et des couleurs, et d’adhérer à la psychologie des usagers. (Aalto, Pietilä) * L’architecture "sculptée" conçues comme un roc "creux" et habitable, pareil aux cavernes des troglodytes.

Cette complexité oblige à nous arrêter sur une approche particulière nous permettant de mieux la comprendre. Celle de Bodack est instructive car elle inclue et dépasse l’architecture en développant la notion de « design organique » :

« Le design organique peut être défini comme une méthode de travail, de création depuis l’objet jusqu’au bâtiment par transformations successives de leurs formes et couleurs. (...) Les bâtiments issus de ce processus de travail peuvent être vécu comme un espace « vivant », participant au développement individuel et social. Le Design organique n’est donc pas un style mais une méthode de travail laissant au créateur une liberté complète dans la mesure ou celui-ci a la capacité d’insuffler une dynamique aux formes par la composition de motifs et cohérents entre eux. Un style ou une personnalité particulière pourra émerger de ce travail avec les motifs et couleurs. »

Bodack s’exprime avec des mots nouveaux mais son propos n’est pas innovant. Déjà l’Art nouveau travaillait dans cet esprit. Né en opposition au « réalisme », avançant une esthétique industrielle, l’art nouveau se manifestait en fin du XIX ème siècle dans une recherche stylistique du monde végétal. Des architectes tels que John Ruskin, William Morris, Louis Sullivan et bien d’autres ont compris et expérimenté ces pratiques dans les aspects du décor du bâtiment. Cette approche organique est celle décrite par Goethe dans « La méthamorphose des plantes » où il développe une étude des formes et des lois gouvernant leur morphologie. Anton Gaudi les révèlera.

Contemporain de ces derniers, Frank Lloyd Wright « pose les base d’une architecture organique. Pour lui le bâtiment doit s’inscrire organiquement dans le paysage, les orientations de l’espace, et emprunter à la nature sa richesse volumétrique et sa liberté de composition. »(14) Des émules de Wright comme Bart Prince, Bruce Goff et Imre Makovecz ont développé ce concept et donné des bâtiment d’une très grande originalité.

D’autres noms intègrent cette notion d’« organique ». Jean-Philippe Zipper et Frédéric Bekas parlent d’ »Architectures Vitalistes » , dans leur livre du même nom (15) :

« Le vitalisme apparaît comme une des constantes de l’architecture occidentale et peut se définir par rapport à son contraire, le rationalisme. Si le rationalisme trouve ses fondements dans la Grèce Antique et dans sa dégénérescence romaine, puis réapparait à la Renaissance et dans l’esthétique et l’éthique du Mouvement moderne, le vitalisme, lui, est un écho de l’art primitif. Le rationalisme recherche la mesure, l’équilibre et la stabilité ; le vitalisme aime la spontanéité et le pittoresque, le dynamisme, la profondeur. »

Aujourd’hui, la notion d’organique s’exprime donc diversement. Dans l’ouvrage collectif « Une ville pour l’Homme », cette approche est énoncée comme pouvant « permettre de maintenir une continuité dans la ville, au travers de changements nécessaires dûs à l’évolution des besoins et des activités de ses habitants ». Cette préoccupation pour la ville peut trouver sa correspondance dans l’architecture. Nombre d’expériences sur la flexibilité des espaces et des usages dans le bâtiment ont marquées les trente dernières années et peut-être pouvont nous les identifier dans une certaine mesure à ce courant dit organique.

L’approche organique s’ouvre sur le monde du vivant comme en parle Alvar Aalto :

« ... la propriété la plus profonde de l’architecture consiste en une variété et une croissance qui rappelle la vie organique naturelle. A mon sens, il s’agit là du seul style authentique en architecture. Si on lui dresse des barrières, l’architecture s’évanouit et meurt. »

http://batirsaintest.free.fr/IMG/jp...

(10) JENKS, Charles, « Mouvements Modernes en Architecture », éd. Mardaga, Bruxelles, 1973, 483 pages (11) BODACK, Carl-Dieter « Organic Design in contemporary architecture », in International Forun Man and Architecture (IFMA) Magazine n°23, april 1998, p. 11 à 17 (12) BIRNBAUM, Pierre, ORGANICISME dans Encyclopédia Universalis, Corpus 13. p.669, éd. 1985. (13) ZEVI, Bruno, ORGANIQUE - Architecture - dans Encyclopédia Universalis, Corpus 12, éd. 1968, p.195c. (14) FLORIDE, Athys, TARTE, Didier, VAL DE FLOR, Isabelle « Une Ville pour l’Homme, de la nécesssité d’un développement durable des villes », Association de Recherche et de Création pour l’Espace Organique », juin 1994, environ 120 p. (15) ZIPPER, Jean-Philippe, BEKAS, Frédéric « L’Architecture Vitaliste, 1950-1980 », éd. Parenthèses, 1986, 99 p.

* titre de l’ouvrage de Colin St-John Wilson, « The Other Tradition of Modern Architecture, the incomplete project », Academy Edition, Londres, 1995

Fabien BAKER, Architecte DPLG. partie Travail personnel du fin d’étude

copyright © 1996-2013 Fabien Baker et Bâtir-Sain

 

Tapoté le 7 mars 2009
par Batir Sain
1

1 commentaire

1

Pour info, je n’étais jamais tombé auparavant sur votre site, et je vais vous suivre, pour vos articles suivants.


devis credit


credit gmf


Commander votre simulation crédit

Tapoté le 29 décembre 2012 11:39 par alexia


modération à priori

Ce forum est modéré à priori : votre contribution n'apparaîtra qu'après avoir été validée par un administrateur du site.

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ? (optionnel)

  • [Se connecter]

© 2017 Bâtir Sain. Mentions légales
Un site charlesque grâce au gentil spip.