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Interview de Volker Ehrlich, Architecte Diplom-Ingenieur Braunschweig-Universität

Bonjour, je suis Volker Ehrlich, trente-six ans, architecte, originaire d’Allemagne, où j’ai fait mes études à l’Université de Braunschweig, entre Hanovre et Berlin, pendant 6 ans. Cela fait trois ans que je connais l’association Bâtir Sain.

Ma formation

En plus de mon parcours à l’Université de Braunschweig, j’ai suivi trois semestres de cours à Lausanne en Suisse. Son esprit latin, son ouverture d’esprit, sa manière transversale d’envisager l’enseignement sans pour autant négliger le contenu me correspondait mieux que l’Allemagne, plus cadrée. En Allemagne, l’architecte est aussi le premier technicien. Il suit des cours de construction : les différentes typologies de construction, les détails d’assemblage et d’articulation sur tous les points sensibles du bâtiment : ossature, pied du bâtiment, plancher, dalle. Et aussi des cours sur la construction acier, la construction bois … . Plus la partie thermique : étude et génie climatique et génie des fluides. A Braunschweig, j’ai profité de l’enseignement d’une équipe autour du Professeur Norbert FISCH , spécialisé dans le solaire thermique. J’y ai par exemple étudié la conception et la réalisation de réservoirs de récupération d’eau et de chauffage eau saisonnière, de l’été à l’hiver i.e. la possibilité de stocker l’eau chaude générée en été pour tout un hameau (au minimum trente unités d’habitation). Je rappelle que j’ai obtenu mon diplôme d’architecte en 2002, et que dix ans plus tard les choses n’ont pas beaucoup progressées en matière de diffusion des technologies propres, tant du point de vue de leur enseignement que de leur commercialisation.

Mon activité professionnelle

Cela fait 10 ans, depuis le sortir de l’école, que je suis dans la construction. J’exerce en profession libérale en France depuis mes débuts en 2002. Quand je suis arrivé en France j’ai travaillé pour Yves Lion, un grand cabinet d’architecture à Paris, qui intervient à l’échelle internationale ; le contrat était intéressant car je bénéficiais d’une grande liberté. Puis j’ai consacré un an à la conception et à la réalisation de mobiliers. Ensuite se sont succédées dix boîtes d’architectes différentes sur Paris dont les clients étaient le public, écoles ou grands promoteurs privés dans le logement. Un de mes contrats durant cette période m’a mené à Taïpei : nous avons construit une tour exceptionnelle en plein cœur de Taïpei, pour un promoteur privé, une « green-building », répondant aux labels Breem, Lead ainsi qu’à un label « vert » propre à la ville de Taïpei. Quand je travaillais pour d’autres architectes, je ne pouvais pas trop choisir de faire passer l’éco construction, mais j’étais en free-lance avec des contrats sur de courtes périodes donc au fur à mesure j’ai pu choisir mes contrats : j’ai pu ainsi être Chef de Projet sur un village de vacances en ossature bois(voir encadré). L’écoconstruction est importante pour moi : s’il y a une raison d’exercer en tant qu’architecte, c’est d’aller dans ce sens.

Village de vacances en ossature bois : L’architecte du projet a bien dû mettre dix ans pour faire accepter de faire en ossature bois un pavillon qui traditionnellement aurait dû se faire en béton. Depuis, ce pavillon se fait en ossature bois, ce qui n’empêche pas de rencontrer alors de nombreux problèmes pour que ce type de pavillon se fasse correctement car nous sommes alors face à des gens incompétents –artisans, ouvriers, entrepreneurs, les bureaux d’étude qui ne connaissent pas nécessairement la construction ossature bois sans compter que leur volonté n’est pas nécessairement, encore une fois, de la connaître. De plus dans les grands projets il y a beaucoup de paramètres qu’on ne contrôle pas face aux intervenants et qui font qu’on n’arrive pas à sortir la qualité qu’on aurait pu obtenir à échelle plus modeste, qu’on gère mieux parce qu’alors c’est nous-mêmes qui choisissons nos intervenants.

Je travaille à mon compte depuis trois ans. Je me suis fait connaître par la presse écrite en leur envoyant des projets : extension et rehaussement sur un pavillon à Poissy (projet 2010), et par France Habitation, un programme sur TV5 pour lequel le rédacteur est venu vers moi, passé en novembre 2012. La télévision est beaucoup plus efficace que la presse écrite : des clients ont appelé directement après l’émission, ce qui n’est jamais le cas avec la presse. J’interviens également dans des modules de formation en Master Ecoconstruction à l’Université de Cergy Pontoise. Je n’ai actuellement ni salarié ni associé, mais il m’arrive de collaborer avec quelqu’un pour le démarchage et les études thermiques. Je ressens le besoin de faire connaissance avec des entrepreneurs sensibles à l’écoconstruction ; en Ile-de-France je trouve qu’il y a pénurie. Actuellement mes projets prennent place à Poissy, mais aussi Anceny et Concarneau où j’étudie la faisabilité de hameaux en habitat écologique ; je ne me limite pas en aire géographique si j’estime que le projet en vaut la peine.

Je suis plus content de ce que je réalise aujourd’hui qu’auparavant ; je travaille avec des particuliers, c’est plus simple, budgets de 250 000 euros maximum, alors qu’avant dans des cabinets avec des projets plus important c’est à partir de 2 millions, on n’est pas face à quelqu’un de particulier avec lequel on peut sympathiser. Ils ne cherchent pas à construire pour eux, ils sont mandatés ; c’est la rentabilité monétaire qui les motive, or la rentabilité monétaire s’oppose généralement à la mise en œuvre du bon sens. Même si ces promoteurs et investisseurs construisent pour eux-mêmes, ils ne comprennent plus qu’il existe d’autres bénéfices que ceux exclusivement monétaires. Ils ont perdu le sens des réalités. Ils sont formés, paramétrés on peut dire !, depuis le berceau, c’est-à-dire depuis leur formation managériale ou plus généralement économique, ils sont devenus sourds à toute autre approche de la vie. Ils en sont arrivés à considérer que tel voyage à destination d’un pays ensoleillé, telle voiture spacieuse et rapide leur apportera plus en termes de qualité de vie, de santé, qu’un logement et un environnement sain au quotidien. Etre vus bien plus que voir semble leur credo. Or cela peut être rentable de faire une maison pour soi même où on se sent bien, où il n’y a pas de vapeurs nocives, où le climat est agréable, où l’air est pur, ce qui entraîne une efficacité au travail, une efficacité de vie. Volker Ehrlich, extension + terrasse, photo non utilisable sans autorisation de son auteur

Comment je fais pour convaincre

Le vrai paramètre convaincant : la qualité du projet, écoconstruction ou pas. Si spatialement et esthétiquement les paramètres sont cohérents dans leur ensemble je pense que c’est par ça qu’un architecte doit convaincre, dans le domaine de la construction écologique ou autre. Le caractère de la construction, aller au-delà de ce qu’on voit tous les jours, est important ; il faut que le projet soit vu, qu’on en parle, qu’on le préconise. Il ne faut pas que le projet ne ressemble à rien, sinon le fait que le projet soit écologiquement conçu n’intéressera personne !

J’essaie de réaliser des projets esthétiquement intéressants, qui sortent de l’ordinaire. Convaincre par une architecture forte, qualitative : cohérence entre matière, structure et espace ; le plus on arrive à être convaincant avec ces critères essentiels de l’architecture, le plus aisé ce sera de proposer des solutions orientées vers le domaine de la construction écologique de qualité c’est-à-dire respectueux de l’environnement.

Comment je mets en œuvre ?

Le choix des matériaux, des artisans, des systèmes constructifs (exemple : construire en filière sèche avec ossature bois), l’impact énergétique, l’énergie grise et des paramètres qui sont contenus dès la fabrication des matériaux jusqu’à la mise en œuvre : veiller à ce que les impacts négatifs soit moindre de ce qu’ils seraient si la construction était en métal, béton …. Je propose d’aller voir le site ou le projet à construire ; ce que le client a en tête plus les données du terrain, et si je sens que le client est insensible à la notion d’écologie je ne continue pas avec lui. Je ne construis pas à l’encontre de mes convictions. On sent avant la signature du contrat s’il y a possibilité de travailler dans le bon sens ou non : je ne signe un contrat que si je vois que je peux collaborer avec mon client. L’écologie fait partie de mes valeurs. Après livraison, je suis assez content de ce que j’ai fait. Je pense que sur chaque projet je serai en mesure de mettre en avant ce qui va dans le sens de l’écologie.

Qu’est ce qu’une écoconstruction pour moi ? Une architecture écologique ? Définir d’abord le matériau ? D’abord la construction ? Le système constructif ?

C’est un ensemble, on ne peut pas démarrer par un truc puis finir par une autre ; il s’agit d’adhérer au principe cyclique du fonctionnement de la Nature, de la vie, ce n’est pas linéaire. Chaque fin de processus, chaque processus, chaque fin de cycle, chaque cycle contient le germe du cycle suivant. Par exemple, sur un chantier, il ne faut pas se retrouver avec des matériaux dont on ne sait pas quoi faire une fois leur durée de vie atteinte. L’écologie consiste à s’intégrer dans des fonctionnements cycliques, sans générer quelque problème que ce soit à aucune des étapes. La nature depuis des milliards d’années met en place des systèmes merveilleux avec des choses plus belles que tout ce que l’humain ne pourra jamais mettre en place, ce dernier me semble avoir un devoir de modestie et de respect vis-à-vis d’elle. C’est à l’architecte de s’adapter à elle et non l’inverse. En ce qui concerne les matériaux il faut savoir utiliser ceux qui génèrent le moins de déchets, en particulier le moins d’émission de gaz à effet de serre lors de leur fabrication comme lors de leur transport. Les gaz à effet de serre sont de plus générés par la consommation d’énergies fossiles, cette consommation ne rentrant pas dans la logique cyclique : il faudrait définitivement éviter d’en consommer, au moins limiter au maximum l’énergie grise contenu dans les matériaux, les systèmes constructifs, dans l’ensemble de tout projet ! Cet impératif de restreindre notre empreinte énergétique dans le bâtiment amène naturellement vers des matériaux comme le bois, la paille, la terre. Privilégier les matériaux propres à un lieu, un site, est primordial, comme le savoir-faire local, la gestion du projet, les artisans, doivent rester locaux.

Pour que le projet soit cohérent et de qualité, il faut savoir se poser toutes les questions en même temps, il faut avoir cet ensemble en tête, il faut savoir concevoir ce projet dans son entier, avant le dessin. Après, lorsqu’on passe au dessin, la réflexion se fait plus précisément par étape, par matériau, sachant qu’on peut construire une merde en bois et des merveilles en béton ! Les paramètres déterminants d’une construction sont en nombre infini, et ils sont soumis à la subjectivité des parties prenantes. Si la construction était le fruit d’une démarche purement rationnelle on pourrait se passer d’architecte, des ingénieurs suffiraient à la construction d’une maison. Ce qui va au-delà du savoir ingénierique n’est pas quantifiable : c’est du ressort de la sensibilité. Si un paramètre était systématiquement plus déterminant qu’un autre on pourrait se passer de l’architecte, qui est celui qui vient en amont [de la construction]. Je refuse de quantifier la valeur des différents paramètres dans le processus constructif. Je refuse d’opposer les partis, les paramètres, ma démarche est fédérative. Quand rien n’est à ajouter ou à enlever, comme disent les anciens, là on a la bonne architecture.

Pour moi bioclimatique ou écologique ou durable, c’est du pareil au même. Mon but est de minimiser l’empreinte énergétique, ce qui implique de maximiser les gains passifs c’est-à-dire le solaire passif ; attention, il ne s’agit pas de bâtiment passif. Il y a des techniques dites passives, qui tiennent compte de l’orientation par rapport au soleil, et des apports naturels : par le vent, le soleil, la terre, l’eau qui court sur le terrain … minimiser les apports énergétiques dits actifs. Ce n’est pas parce que j’oriente mon bâtiment de telle manière que je me revendique du bioclimatisme. La conception est un ensemble cohérent, un jet qui se soucie étape par étape de chaque élément. J’insiste : c’est un jet global qui dès le début doit tenir compte de l’ensemble des paramètres de conception : orientation, matériaux, structure, espace, besoins, les programmes. Il y a des milliers de paramètres, je ne saurais tous les énumérer ; la sensibilité du client en fait partie comme celle de l’architecte. Le terme de bioclimatisme, même s’il se réfère à des préceptes exacts, me rappelle le terme de « greenbuilding ».

Ma plus grande fierté

Ma plus grande fierté, ma plus grande réussite en écoconstruction est d’avoir ouvert mon cabinet. Je suis très fier de pouvoir exercer sous ma propre responsabilité, d’avoir l’opportunité de pouvoir faire passer les valeurs qui me semblent importantes pour l’activité à laquelle j’ai été formé.

Mon implication dans la vie associative, dans les différents réseaux écologiques

Je ne fais pas grand-chose il est vrai chez Bâtir Sain [sourire]. Je passe dans les cafés le soir [CA ou Café BioConstruction] où à chaque fois c’était passionnant et intéressant. Je fais par ailleurs partie du Réseau Français de la Construction Paille car je m’intéresse aux techniques de la paille porteuse. Je suis proche du réseau Ecobâtir ; je suis leurs activités que je trouve très pertinentes et très professionnelles. Je suis adhérent de l’association Approche Paille. Je m’intéresse aux choses et m’approche des gens qui essaient de faire progresser nos centres d’intérêt communs. Le but d’Approche Paille est de promouvoir le savoir sur le procédé constructif GREB ou Groupe de Recherches Ecologiques de La Baie. Le siège de cette association qui promeut cette technique d’origine québecquoise en France est à Orléans. Originellement l’association ne s’intéressait qu’à la paille selon l’approche GREB mais aujourd’hui elle s’ouvre à d’autres procédés. Elle organise jusqu’à une dizaine de stages par an qui s’adresse préférentiellement aux particuliers.

Ce que j’attends de Bâtir Sain ?

Je me pose la question. J’apprécie énormément l’approche de l’association Approche Paille, très différente de la vôtre ; au départ leur objectif, limité et clair, était d’élargir le savoir-faire du GREB, avec peu de moyens et une redoutable efficacité. Autour de 200 maisons en paille avec ossature bois en France on était construite selon leurs préceptes. Il est simple dans ce cadre d’évaluer l’impact de l’association, les résultats sont quantifiables. Evaluer l’impact d’une association plus généraliste comme semble l’être Bâtir Sain est moins évident. C’est très bien d’avoir établi et mis à disposition du public un répertoire de professionnels impliqués dans l’écoconstruction, c’est la base. De même les voyages sont une opportunité de rencontrer des gens intéressants. Maintenant, que pourrait être Bâtir Sain au-delà ? Il y a une bibliothèque. Tout cela, y compris votre démarche d’interviews, c’est de l’information : la bibliothèque, les opportunités d’échange et de rencontres (cafés BioConstruction, voyages, échanges professionnels). Il faut s’interroger si aujourd’hui l’accès à ces informations est encore lié à une association comme Bâtir Sain. Bien que je reconnaisse qu’à l’origine de toute information il y ait une source : en ce sens, vous constituez une source d’information de qualité et de plus vous êtes à même de corroborer la véracité ou pas d’une information dans le domaine de l’écoconstruction. La question à laquelle j’aimerais voir répondre Bâtir Sain est comment faire sortir les gens de l’attentisme, comment les faire se mobiliser ? Je reconnais que je n’ai pas de temps à consacrer aujourd’hui dans des actions de Bâtir Sain. Je peux m’impliquer dans les formations si je ressens que les élèves ont une implication réelle dans leur démarche. Selon moi les freins à la transmission du savoir de l’écoconstruction sont doubles :
-  d’une part dans l’économie de marché actuel ;
-  d’autre part d’ordre politique : là je me réfère à la question de l’enseignement de l’écoconstruction en formation initiale, dans la formation des architectes en l’occurrence où cet enseignement est inexistant actuellement en France (cf le Café BioConstruction de novembre 2012), et ce malgré de nombreuses tentatives de la part d’enseignants pour l’institutionnaliser. Tant que les lignes politiques ne changent pas, des associations comme Bâtir Sain peuvent toujours proposer des formations : tant que ces formations ne touchent pas les architectes lors de leur formation initiale, il n’est pas possible de faire évoluer la construction. Car c’est dès la conception du projet constructif comme j’essaie de l’expliquer depuis le début qu’on doit penser écoconstruction. Bâtir Sain a beau réunir des gens compétents, il ne forme malheureusement pas d’architectes. Je suis formateur en Master Ecoconstruction à l’Université de Cergy-Pontoise : c’est une occasion de transmettre mes convictions à un public en formation initiale, reste que je regrette que ces cours ne s’adressent pas directement aux concepteurs de projets que sont les architectes. Peut-être que ces modules de formation en dehors de l’enseignement initial sont un moyen d’aboutir à un résultat plus opérant.

Volker Ehrlich, Architecte Diplom-Ingenieur Braunschweig-Universität : coordonnées

 

Tapoté le 5 avril 2013
par Bérengère
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