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Interview de Sabine Mounier, Architecte DPLG

Bonjour, je m’appelle Sabine Mounier, je suis architecte, en exercice libéral depuis 1990 et adhérente à Bâtir Sain depuis l’an 2000. J’ai cinquante et un ans. Je travaille essentiellement pour des particuliers et des copropriétés : des constructions neuves, des réhabilitations, des rénovations, surélévations, extensions. Je m’intéresse à la construction écologique plus spécifiquement depuis 1996, avec la volonté d’intégrer l’ensemble de la démarche écologique à travers la conception bioclimatique et l’utilisation de matériaux sains. J’exerce en profession libérale sans associé, bien qu’actuellement, j’emploie une stagiaire dans le cadre d’une convention de stage en alternance signée avec l’Université Pierre et Marie Curie.

Mon parcours professionnel

Après avoir travaillé en agence à Paris pendant 4 ans puis avec l’Agence d’Architecture des Gares de la SNCF, au Service Design, Aménagement de Mobiliers et d’Espaces en Gare, j’ai eu l’opportunité en 1996 de m’occuper de la réhabilitation d’un entrepôt en ossature poteaux-poutres bois, dans le 20è arrondissement, pour une copropriété. Cette opération qui dura 4 ans de la conception à la livraison consistait en la création d’un loft à l’étage avec une mezzanine en surélévation, le réaménagement d’une partie d’un appartement existant et la création de trois studios au rez-de-chaussée. Les travaux ont débuté en 1999, la livraison a eu lieu en 2000. Sur ce projet j’ai pu mettre en pratique mes acquis et recherches de l’époque sur la construction bioclimatique et saine ; non seulement pour l’optimisation des nouvelles structures bois dans le respect de celles existantes, mais aussi par la recherche de l’éclairage naturel des volumes et l’emploi de matériaux sains (chanvre, enduits à la chaux…). On peut dire que j’étais déjà entrée dans la démarche de la construction saine.

1996 c’est aussi et surtout la naissance de mon fils ! Parce que j’étais en charge de sa nourriture et de sa santé, cela a renforcé mes motivations et mes convictions pour intégrer l’écologie en général dans ma vie et mon travail. Autrement dit, c’est grâce à lui que j’en suis arrivée à m’intéresser de plus près à l’écologie. Par ailleurs, en 1994, au sortir de mon contrat avec Hauvette, j’ai créé avec mon mari un atelier de maquettes et de réalisation de meubles en bois, pas seulement dessins : on fabriquait effectivement des meubles et des maquettes. Nous nous sommes aperçus qu’en découpant du medium (medium density fiber) ou certaines essences de bois exotiques nous nous asphyxions … d’où la recherche de matériaux moins toxiques pour travailler. Ce n’est pas par l’école d’architecture que j’ai été sensibilisé à l’écologie ; ce qui compte en école d’architecture, c’est le projet … et l’espoir de renommée qui y est associé. Mon éducation a joué aussi : j’ai vécu toute ma jeunesse à la campagne, sur le haut plateau ardéchois, d’où une sensibilité à la nature.

Mon activité aujourd’hui consiste en premier lieu à travailler pour des particuliers : construction de projets, en réhabilitation ou en neuf. Etablir une telle activité est un travail de longue haleine : il faut dix ans pour se construire un réseau. J’aimerais aujourd’hui travailler pour de petites collectivités locales, ou des bailleurs sociaux. Mais répondre à des appels d’offres, et monter des dossiers, se faire connaître, surtout, prend du temps … cependant j’essaie.

Depuis 2000, j’adhère systématiquement à une démarche écologique qu’il s’agisse de projets neufs ou de réhabilitations. J’explique à mes clients la manière dont je travaille, en adéquation avec l’environnement. Si l’écologie n’est pas une priorité pour eux, je ne vais pas tenter de les convertir de force mais plus simplement je mets en valeur les qualités des matériaux qui ont mes préférences, matériaux sains ; les matériaux écologiques sont un gain de confort, ils sont de toucher et d’odeur agréables. Souvent les gens sont sensibles à ces arguments ; à souligner qu’en règle générale la personne qui vient me voir a déjà fait sienne la démarche écologique.

Ma définition de l’architecture écologique

Si on me demande de définir ce qu’est pour moi l’architecture écologique, j’ai envie de vous parler du processus de création du projet. Au départ il y a le lieu et son règlement d’urbanisme, le terrain, sa nature, la luminosité, l’ensoleillement, la végétation, les bâtiments existant s’il y en a, l’environnement proche bâti ou pas, et bien sûr le programme. Une construction écologique est une construction qui se nourrit de toutes ces contraintes et les intègre pour produire un bâtiment, qui même s’il peut être en rupture avec l’image du lieu, est en bonne intelligence avec lui pour offrir le meilleur. C’est une construction qui place le confort des occupants au premier plan tout en cherchant à économiser les matières et les ressources énergétiques épuisables.

Je définis en premier la construction en elle-même, le choix structurel et sa volumétrie. Je travaille beaucoup en coupe, au début d’un projet : la coupe révèle les volumes et permet de les travailler pour qu’ils bénéficient d’un éclairement et d’un ensoleillement optimal, autrement dit d’une source d’énergie dite solaire passive, à priori inépuisable et gratuite. C’est essentiel pour répondre à la question d’économies d’énergie, mais aussi pour le bien être et la santé des occupants. Sans oublier le confort visuel par la prise en compte de la ou les vues que le bâtiment va offrir. Et bien sûr l’enveloppe qui va habiller les volumes définis ; comme un manteau va protéger notre corps du froid, du soleil, du vent, mais aussi révéler notre identité, les matériaux ou matières qui composent l’enveloppe vont être les garants du confort thermique et sanitaire des habitants. C’est pourquoi je privilégie toujours les matériaux sains, si possible naturels ou tout au moins renouvelables qui offrent les performances requises sans être nocifs pour la santé et qui ont un bilan carbone acceptable. Sabine Mounier, dessin non utilisable sans autorisation de son auteur

Ma plus grande fierté professionnelle

Je suis particulièrement fière de mon premier grand projet, cet entrepôt réhabilité en 1996 : c’était à la fois une souffrance et un défi. Je peux aussi mettre en avant ma première maison neuve, livrée en 2009, à L’hay-les-Roses. Dans ce projet, où les relations avec les entreprises comme avec le Maître d’Ouvrage se sont très bien passées, les valeurs du BBC ont été respectées (mais pas labellisées car la demande n’en a pas été faite par le Maître d’Ouvrage) soit une consommation d’énergie au mètre carré inférieure à 50kWh. Des matériaux écologiques, du solaire thermique pour l’ECS ont été mis en œuvre. On peut également mettre en avant une citerne de récupération des eaux de pluie et la ventilation double-flux couplée à un puits canadien, système extrêmement intéressant pour préchauffer l’air entrant : il est arrivé au Maître d’Ouvrage de mesurer une entrée d’air à +7°C quand il faisait -10°C dehors ! J’ajoute que chaque projet est un défi qui suscite en moi fierté et doute à la fois : fière d’avoir réussi à surmonter un défi, doute d’avoir ou non répondu à toutes les exigences.

Les difficultés rencontrées

Les rapports humains liés aux rapports économiques sont ce qu’il y de plus délicat à gérer, que ce soit avec les entreprises ou les clients. Je rencontre de moins en moins de difficultés avec les entreprises puisqu’avec le temps j’ai appris à reconnaître celles avec lesquelles le travail sera fait en intelligence et bien fait (même si le risque 0 n’existe pas) Si ce sont les contraintes administratives qui posent problème il faut revoir sa copie ; si c’est le budget (dépassement), là aussi il faut revoir sa copie et reprendre le projet. Décortiquer les offres de prix, négocier, revoir les prestations, cibler les priorités et lâcher les options inutiles ou excessives pour trouver des économies. Il faut réajuster demande, projet et budget. Et pour cela il faut 3 entités œuvrant dans le même sens ; le plus important pour l’aboutissement et la réussite d’un projet d’architecture est le fonctionnement en confiance et en intelligence du trinôme client-architecte-entrepreneurs.

Mon implication dans la vie associative

Mon implication dans différents réseaux écologiques est essentiellement représentée par Bâtir Sain, faute de temps. Je suis une grande fidèle, et souvent je me suis sentie épaulée par Bâtir Sain, milieu dans lequel on parlait de construction écologique alors qu’ailleurs non. Ca a été une source de renseignements, et c’est réconfortant de rencontrer des gens qui ont les mêmes centres d’intérêt que soi. Pendant longtemps ce que je pouvais en apprendre m’a suffi puis dans un deuxième temps j’ai eu envie de m’impliquer plus : participation à des salons (Bâtir Ecologique, mais avant Marjolaine ou Ecobat), permanences conseils sur la construction écologique et participation à l’écriture du Guide de l’Eco-habitat en partenariat avec le Conseil Général de l’Essonne). Cela m’a permis de rencontrer certains clients. Un bémol : je trouve qu’on a peu de rencontres entres les membres ; mais il est vrai que je n’ai pas participé aux voyages et c’est sans doute lié à moi. Au sein de Bâtir Sain, la formation est une activité qui continue de m’intéresser : j’ai toujours envie de transmettre.

Conclusion

En conclusion, je peux dire que je suis toujours animée par la même conviction : il faut que l’éco-construction et les matériaux sains, tout comme l’agriculture biologique deviennent la norme. Mais dans le même temps, je ne suis pas une radicale à tous prix. Je pense notamment aux projets de réhabilitation qui sont plus complexes et plus délicats. Il ne s’agit pas juste d’appliquer stricto- sensu les normes énergétiques en vigueur, mais améliorer et réparer si besoin cet existant tout en respectant son équilibre constructif. Une construction est une somme d’éléments qui ont une interaction entre eux et se doivent d’être en équilibre. Je peux accepter des compromis de bon sens, suite aux contraintes que peuvent m’opposer les autres parties prenantes d’un projet ou le bâtiment existant lui-même. Je pense qu’il faut garder une souplesse par rapport à une ligne de conduite autrement dit tenter d’être honnête sans être fermée aux différents aspects d’une situation.

Sabine Mounier, Architecte DPLG : coordonnées

 

Tapoté le 5 avril 2013
par Bérengère
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