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Interview de Jocelyne Pion, Architecte DPLG, Enseignante à l’Ecole de Paris La Villette

Photo id Jocelyne Pion

Nom Pion, prénom Jocelyne, et j’ai cinquante deux ans ! Je suis architecte et plasticienne, mais l’activité professionnelle qui alimente mon compte en banque est l’enseignement. J’enseigne auprès d’étudiants en architecture à l’école d’architecture de Paris-La-Villette (ENSAPLV) et auprès d’adultes plus ou moins jeunes dans le cadre des cours du soir de la Ville de Paris. J’enseigne des logiciels à destination des métiers du bâtiment. Ce peut être Autocad, Archicad, ARC+, des logiciels de dessins 2D, des logiciels de modélisation 3D ou des logiciels liés à l’image de synthèse. J’aime bien l’enseignement, j’aurais pu enseigner autre chose que l’informatique. J’ai de toute façon besoin d’avoir une activité intellectuelle et une activité pratique. Je n’aime pas être catégorisée. Je ne gagnerais pas ma croûte en faisant n’importe quoi. Je choisis, la liberté c’est de choisir.

Ma formation et mon parcours professionnel

J’ai été diplômée en 1987 de l’école d’architecture de Paris-La Villette, mais j’ai aussi une licence en Arts Plastiques. J’ai travaillé pour des agences d’architecture, mais ce mode de fonctionnement ne me convenait pas. Il y a eu Oger International, une grande agence qui travaille pour les pays du golfe persique et également d’autres cabinets, notamment en province. Ayant vu chez Oger certains architectes ou assimilés qui travaillaient sur des ordinateurs à l’écart des fumeurs, en 1989 je suis une formation en informatique, car cela ne me plaisait vraiment pas d’avoir fait six ou sept ans d’architecture pour n’être qu’exécutante et reproduire des dessins.

Nantie de mon nouveau bagage informatique, j’ai retravaillé dans des agences d’architecture, équipées. J’essayais de travailler dans des agences qui utilisaient ARC+, logiciel de modélisation 2D et 3D, permettant de faire des maquettes numériques, donc plus évolué qu’Autocad. L’air pollué par le tabac des agences et les relations sado-maso entre patron d’agence et architectes salariés aidant, j’ai décidé d’envoyer mon CV dans différentes écoles ou organismes, comme les GRETA, qui faisaient des formations pour éponger les architectes qui commençaient à connaître le chômage du fait de la crise et de la permutation des outils de travail (passage à l’informatique).

J’ai commencé par enseigner à l’IUT de Cachan, soit là où j’avais été formée, ce qui m’a ouvert beaucoup de portes par la suite …. A l’IUT de Cachan j’enseignais ARC+. Au début de l’informatique, il ne faut pas oublier que ceux qui faisaient en général les formations sur les logiciels étaient les développeurs eux-mêmes, cela était donc très onéreux pour les écoles ou centres de formation. D’où l’intérêt pour l’IUT de recruter quelqu’un comme moi, à la fois architecte et dotée d’une culture informatique toute fraîche ; même si l’IUT faisait des économies, je souligne que j’étais toutefois bien payée. J’ai travaillé à l’IUT de Cachan jusqu’à ce que l’enseignant avec lequel je travaillais parte en retraite ; j’ai dû y faire une dizaine d’années.

Dans le même temps je travaillais dans des cabinets d’architecture, dont celui de Roger Taillibert, connu pour avoir conçu le Parc des Princes, et un certain nombre de piscines couvertes d’une toile tendue amovible, formant à la fois une voûte à courbures complexes et légère, comme à Paris ou à Deauville. Il est connu aussi pour les installations olympiques de Montréal de 1976 (stade, vélodrome,…) avec leur voile de béton… etc. … J’ai croisé pendant cette période, les années 90, des architectes réticents à l’informatique ; je les ai retrouvés plus tard, au chômage, dans mes cours de la Mairie de Paris. Les cours que je dispensais d’ailleurs à l’IUT de Cachan s’adressaient aussi à des demandeurs d’emploi. J’ai également fait des formations dans des GRETA, puis ai donné des cours pour adultes à la Mairie de Paris en plus de ceux de Cachan : il m’est arrivé de travailler jusqu’à 70 heures par semaine comme formatrice… Parallèlement, suite à la publication de mon mémoire d’architecture dans une revue d’art, « Ligeia », j’ai eu une activité de critique d’art à titre bénévole, pour cette revue, j’étais centrée sur les rapports entre l’art et la nature, ayant moi-même un projet plastique de land-art dans mes cartons, et nous avons publié avec Marie Charles-Dominique un numéro de « Ligeia » entièrement consacré à l’art et la nature.

Nous voici aux années 2000 : j’achète avec ma compagne un logement sur Pantin dans une petite copropriété. Le Syndic d’alors ne fait rien, si ce n’est collecter de l’argent. C’est pourquoi, avec l’aide de mon amie, après lecture de quelques ouvrages de droit sur le sujet, nous décidons de me proposer pour devenir Syndic (non-professionnel) à la place du Syndic (professionnel) ; après quelques explications données aux autres copropriétaires sur les économies à réaliser, et sur les travaux qu’il deviendra alors possible de réaliser, nous nous mettons d’accord pour remercier l’ancien syndic en moins d’un quart d’heure lors de l’AG annuelle. Les copropriétaires, en majorité des immigrés de première génération de différents coins du monde, sont plutôt contents à l’idée de ne plus se faire gruger. Déjà en tant que Syndic je ne leur coûterai plus que 300 à 350 euros à l’année, mon but n’est évidemment pas de m’enrichir par le biais de cette activité. Nous allons surtout pouvoir entreprendre les travaux dont l’immeuble a besoin. Il y a en effet beaucoup de travaux à faire au sein de la copropriété : réparer les canalisations, remplacer les fenêtres, et notamment aussi enlever la peinture au plomb que l’on retrouve partout. Le Syndic précédent ne prenait aucune initiative en ce sens, il n’avait d’ailleurs jamais visité notre copropriété. Nous avons fait plusieurs campagnes de travaux, et lors de la dernière, afin que la réfection de la cage d’escalier soit réalisée de façon correcte et avec des matériaux sains à durée de vie longue, nous créons avec certains copropriétaires et quelques amis l’association « Eco-système D » dont l’objet est : développer la qualité de vie dans les milieux construits et non construits selon des principes écologiques et de respect des systèmes naturels, et selon des principes d’autogestion et d’autonomie des acteurs.

Mon implication dans la vie sociale et le développement durable

Une fois tous les parasites, associés d’ordinaire aux syndics professionnels, remerciés, le premier travail du nouveau Syndic a été de s’attaquer aux problèmes de canalisation d’eau non résolus, pour lesquels les copropriétaires avaient déjà payés des réparations mal faites. Une canalisation d’eau vannes, qui passait dans mon appartement, soit disant réparée, était à refaire. On a commencé avec un autre copropriétaire, un maçon portugais, à réparer ensemble les canalisations, d’abord celle qui passait chez moi, puis avec la femme de ce maçon et le fils d’une autre copropriétaire d’origine polonaise, la canalisation qui passait au rez-de-chaussée dans la cage d’escaliers. Ainsi nous nous sommes rendu compte que ces fuites d’eau avaient causé des problèmes structurels sur la cage d’escalier : nous avons alors fait des travaux de reprise en sous-œuvre, avec une entreprise, d’abord classique, qui nous a déçu, puis avec une entreprise en SCOP (nous sommes dans les années 2005). La SCOP nous a permis d’exécuter des travaux de qualité. Cette forme juridique d’entreprise m’a permis d’avoir un regard critique sur l’organisation du travail et sur l’économie de marché. Il est aussi important pour moi de travailler avec des gens sensibles aux questions de l’environnement et donc attentifs aux produits qu’ils emploient ainsi qu’à leur mise en œuvre.

Si je m’implique autant dans les travaux de réhabilitation de mon immeuble c’est parce que c’est plus qu’une simple réhabilitation. Il s’agit en effet non seulement de réhabiliter l’immeuble mais aussi de l’inscrire durablement dans un quartier en mutation, il s’agit d’un combat social. J’agis, j’enlève moi-même la peinture au plomb des parties communes, dans le cadre du contrat passé avec l’association « Eco-système D » (et aussi parce-que la salariée en réinsertion n’a pas fini son travail) ; mon intervention est notamment possible parce que j’ai fait la formation plomb obligatoire, mais rare. J’explique aux autres copropriétaires, des gens modestes, l’utilité de travaux de réhabilitation et d’isolation bien faits avec des matériaux sains et de qualité : outre une valorisation de notre patrimoine, un bâtiment bien entretenu et selon des critères de qualité devient une proie moins facile pour des promoteurs immobiliers ou pour une politique de la ville cherchant à faire peau neuve ; notre bâtiment, et nos logements donc, doivent échapper à la voracité des bulldozers qui sévissent sur Pantin (voir plus loin). La ville de Pantin offre aussi, après travaux, des subventions pour l’utilisation de matériaux dit écologiques s’inscrivant dans le concept de développement durable. Une éco-construction ou construction écologique pour moi est une construction durable.

J’ai contacté la CRAMIF, la branche santé au travail de la Sécurité Sociale afin de faire valider le process d’enlèvement de la peinture au plomb réalisé par l’association « Eco-système D » dans le cadre de la réglementation plomb : les ingénieurs de la CRAMIF ont analysé le produit chimique que l’association utilise, du « décap’vert » en gel de chez Prodirox®. Il s’agit de déposer une couche épaisse de gel sur la peinture, d’encapsuler ensuite la surface concernée dans une feuille de plastique pendant un certain nombre d’heures (de quelques heures à 48 h, selon le résultat escompté), puis de racler avec un couteau de peintre ou un racloir la peinture et la peinture au plomb en particulier ; la peinture ainsi ramollie ne présente pas de risque de poussières ou de particules, voir photo :

Enlèvement de la peinture au plomb par l’association Eco-systèmes D dans la copropriété de J.Pion, photo non libre de droits

L’utilisation de ce produit, avec une production de poussières quasi-inexistante, nous a ainsi permis d’adapter et d’alléger certaines contraintes liées à la règlementation plomb, néanmoins, suite aux résultats des analyses chimiques, nous avons dû augmenter la protection des opératrices : masques avec cartouches (filtres A2P3), du fait de la présence de certains esters dibasiques, et gants en caoutchouc butyle du fait de la présence de dimétylsulfoxide. L’aspirateur avec filtres spéciaux particules très fines est resté néanmoins de mise tout au long du chantier. Normalement il aurait fallu des sas de passages, ceux-ci n’étaient pas pertinents dans notre cas, car le fait d’établir un sas, i.e la pause de rideaux entre la cage d’escalier et les couloirs d’accès aux logements, bloque la circulation de l’air et augmente la concentration d’esters dibasiques. Nous avons été autorisés à retirer ces sas (rideaux), en revanche la CRAMIF nous a recommandé de porter des masques de protection plus importants que prévus par la règlementation habituelle. J’ai travaillé au début avec une salariée pendant 6 mois, je suis seule aujourd’hui pour le décapage, j’ai affiné le process et en particulier limité les dégagements d’esters dibasiques en manipulant de petites quantités du produit et en ne laissant pas le grand pot ouvert en permanence. J’ai filmé ces travaux et les entretiens avec la CRAMIF. Bien que l’association ait employé un carreleur pour poser de la mosaïque sur les murs et contre-marches, je participe aussi activement aux finitions décoratives : détails dans la pose des mosaïques, faux plafonds et peintures à la chaux.

Enlèvement de la peinture au plomb par l’association Eco-systèmes D dans la copropriété de J.Pion, photo non libre de droits

A Paris La Villette il y avait une formation développée par SCORE 2D, Société Coopérative Ouvrière de Réalisations pour le Développement Durable, animée par Michel Sabard et Pierre Lefèvre, que j’ai suivie, sur un an : Formation en Ingénierie et architecture à Haute Qualité Environnementale. Pierre Lefèvre est un pionnier en France de l’habitat écologique et de l’habitat participatif ; il publie encore. J’ai fait cette formation pour deux raisons : profiter de la présence des ces enseignants d’exception et mieux gérer les travaux de réhabilitation de mon immeuble. Cette formation, qui allait plus loin que le HQE®, m’a permis de comprendre et d’expliquer l’intérêt que pouvait avoir un ravalement de façade avec une isolation thermique par l’extérieur (ITE). L’ITE étant aussi une manière de bénéficier de subventions, sous forme de crédit d’impôts, lors d’un ravalement.

Le ravalement de la façade sera confié à l’APIJ-Bat, entreprise d’insertion par l’activité économique impliquée dans une démarche d’éco-construction, http://www.apijbat.com/. Ce ravalement sera l’occasion de réaliser un travail d’isolation par l’extérieur en ouate de cellulose : ouate de cellulose, plaque de Fermacell® fibres-gypse, ayant une fonction coupe-feu, mais pas en ciment car sinon cela ne respire pas. La lame d’air, puis un bardage bois en châtaigner ou mélèze, qui ne viendra pas d’un pays lointain, ni non plus d’un pays de l’Est (à cause des retombées radioactives persistantes de Tchernobyl accumulées dans le bois), mais dont les arbres auront poussé en France. L’avantage de ces bois est qu’ils n’ont pas besoin d’être traités pour un usage bardage – on parle du bois de cœur, bien entendu. En France Bellouate® fabrique de la ouate de cellulose, du côté de Nice. Bien que j’ai particulièrement contribué à la conception de ce ravalement avec ITE, envisagé au départ avec de la laine de bois, j’ai passé le relais à Sabine Mounier (membre aussi du CA de Bâtir Sain) afin de déposer le permis de modification de façade et de suivre les travaux ; je suis en effet quelque peu épuisée par les travaux précédents (cage d’escalier et isolation des combles et cave) et ne suis pas toujours très diplomate avec les entreprises du fait de mon excessive rigueur. Je me contenterai lors de la mise-en-œuvre de cette ITE de mon rôle de Maître d’Ouvrage, de mon rôle de Syndic, même si je me réserve une intervention plastique, artistique, sur les volets (isolants).

Les fenêtres de la copropriété étaient en bois (chêne), elles ont fait l’objet d’une première campagne de travaux, et ont été remplacées par des fenêtres en double vitrage ; j’ai remis des montants en chêne. Certains propriétaires ont fait la proposition de poser des nouvelles fenêtres en PVC, cependant pour moi, il est clair que si je m’occupe de réhabiliter cette copropriété je ne peux le faire qu’en respectant mon éthique écologique, et que ce ne peux donc être moi qui aille à la recherche de devis de produits dépassant mon cadre éthique ; les propriétaires qui faisaient cette proposition de fenêtres en PVC devaient donc nous présenter en AG des devis de ces produits, mais ils ne l’ont pas fait… Les travaux sont financés par l’ensemble des copropriétaires à hauteur de leurs millièmes ; en en possédant 23%, je souligne que je suis très directement concernée par le coût de ces travaux. Nos grandes campagnes de travaux (reprise en sous-œuvre, remplacement des fenêtres, réhabilitation de la cage d’escalier, isolation de la cave et des combles) ont été réalisées dans le cadre d’OPAH, Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (un vote malheureux n’a pas permis d’y inscrire le ravalement avec ITE).

Ma définition de l’architecture écologique et du matériau sain ou écologique

Pour moi un bâtiment écologique est un bâtiment qui dure, non pas trente ans, mais qui dépasse le siècle, qui peut évoluer dans le temps, et qui emploie des matériaux sains.

Le respect de la biodiversité et le lieu d’origine font partie des critères dont je tiens compte – réserve : l’entreprise Dumoulin® ne me proposait que des liteaux en douglas, espèce de reboisement introduite en France vers 1840, très présent dans les Vosges, le Massif Central et le Morvan. Si le douglas proposé est produit en France il n’y a pas de problème, mais s’il est importé c’est plus problématique, le bilan carbone entre autres devient mauvais. La cave et le grenier ont été isolés avec du liège en vrac expansé, 32 cm de liège dans le grenier, et 23 cm de liège au plafond dans la cave, coffré dans du Fermacell®et sur une structure bois non traité : du douglas de chez Dumoulin®. Le liège est un matériau naturel (écorce du chêne liège), imputrescible, hydrofuge, difficilement combustible, ininflammable ; non consommable, il résiste aux attaques des insectes et des rongeurs. C’est sa propriété à s’expanser sous l’effet d’une source de chaleur qui le rend isolant : l’expansion a dilaté la porosité et comblé les vides intergranulaires ; un empilement apollonien un peu particulier, où les vides sont comblés, mais la porosité augmentée.

Un éco-matériau est un matériau qui dure, lui aussi, qui ne nuit pas à l’environnement, aux personnes, celles qui vont mettre en œuvre le matériau, comme celles qui vont vivre avec ; personnes ou animaux, êtres vivants en général. C’est un matériau qui peut avoir une seconde vie, qui lorsqu’il se dégrade n’est pas nocif. Je définis l’éco-matériau en intégrant l’ensemble de son cycle de vie. Le bilan carbone du matériau a aussi son importance. Il n’est pas juste de dire selon moi que la fenêtre bois-alu, au bois non-traité, comme le panneau photovoltaïque, ne sont pas écologiques, car les matériaux qui les composent peuvent être revalorisés, même si on rechigne aujourd’hui à y consacrer le temps et l’effort nécessaire. Soulignons que les ressources en aluminium s’épuisent.

Un matériau sain est un matériau qui ne nuit ni à la santé humaine ni à celle des animaux ni à l’environnement en général.

Entre un matériau qui soit peu impactant sur l’environnement durant son cycle de vie, et un matériau peu nocif (santé), je préfère ne pas avoir à choisir. Exemple du caoutchouc, produit de l’hévéa : il n’est pas nocif pour la santé et il est biodégradable.

Ma plus grande fierté

Ma plus grande fierté n’est pas nécessairement rémunérée ; ce n’est pas forcément ce qui est rémunéré qui m’apporte le plus, cf. mon activité au sein de ma copropriété en tant que Syndic et sur le chantier. Je fabrique des meubles pour aménager mes logements : un circuit court qui s’intègre entièrement dans une démarche de développement durable d’autant que je fais attention au bois que j’utilise ! J’aime concevoir des meubles fonctionnels, décoratifs.

Je reviens sur mon implication dans ma copropriété : le quartier des Quatre Chemins où je vis à Pantin, en Seine-Saint-Denis, 93, aux portes de Paris, est intégré dans un projet d’éco-quartier. La SNCF et la RFF (branche entretien des voies de la SNCF) possèdent en face de chez moi 25 hectares que la Ville de Pantin essaie de racheter pour en faire un éco-quartier. Il y a des élus Verts, c’est une ville socialiste. Le quartier des Quatre Chemins est un quartier assez défavorisé. Une idée intelligente serait que le quartier se perpétue, et serait de l’intégrer au futur éco-quartier, autrement dit ne pas avoir un éco-quartier de bobos et un quartier de pauvres à côté. Sur les 25 hectares convoités, 5 seraient dédiés à un espace vert. Une charte intéressante a été définie. Bâtir Sain pourrait s’intégrer dans cet éco-quartier. Les Verts poussent pour que l’éco-quartier soit fait avec les habitants des Quatre Chemins, les habitants font des propositions, notamment ils proposent qu’il y ait une Maison de l’Habitat Sain et de l’Environnement, dans ces 20 hectares restants sur les 25. Cette Maison apporterait des informations à des habitants qui sont plus dans l’urgence que dans l’esprit de faire de l’habitat sain. Elle leur donnerait des informations sur ce qu’est un bâtiment sain. Ce serait un bâtiment pionnier, avant la mise en place du reste de l’éco-quartier. La Ville a développé plusieurs ateliers pour fabriquer son cahier des charges, et cette idée a été proposée parmi les ateliers. Il est prévu que des surfaces soient dédiées à l’habitat participatif sur ce domaine : c’est une idée qui intéresse particulièrement les habitants de Pantin mais pour laquelle il va falloir se battre. Ils sont en train de faire une Zone d’Aménagement Concertée (ZAC) pour faire cet éco-quartier : ZAC signifie des aménageurs pas toujours publics, les habitants devront être vigilants s’ils tiennent à ce que les aménageurs (dans le cas où ils seraient privés) respectent le cahier des charges de la ZAC.

Mon objectif immédiat est qu’un habitat tel que le mien, qui date de 1875, soit réhabilité de façon écologique et saine afin de participer, d’être intégré dans le futur éco-quartier. Qu’il ne soit pas démoli, contrairement à ce que suggère la politique de l’habitat, impulsée par le Maire, même si de l’argent public est largement injecté dans différentes zones OPAH délimitées dans la ville. Ce que je veux prouver, c’est qu’un bâtiment peut vivre plus de trente ans, contrairement à ce qui est enseigné dans les écoles d’architecture, il peut être réhabilité afin de vivre cent à deux cents ans de plus. Cf. l’isolation par l’extérieur : elle permet de maintenir la structure du bâtiment en bon état, notamment parce qu’elle la protège des intempéries.

Les gens de mon immeuble n’ont pas beaucoup de moyens, et sont plutôt pauvres, mais certains sont néanmoins sensibilisés à l’écologie ou au dérèglement climatique ; il me paraît bien que ce ne soit pas que des bobos qui aient droit à l’habitat sain. Et également, j’essaie de me débrouiller pour qu’ils aient des subventions. Ca me plaît de prouver qu’il n’est pas utile de raser un bâtiment et sa population pour améliorer la qualité de vie en un lieu donné.

Les difficultés que je rencontre

Les propriétaires qui ne possèdent des logements que pour en retirer un bénéfice financier et qui votent contre les projets d’entretien ou d’amélioration, soit contre les intérêts du plus grand monde, sont un souci et une source de dépense d’énergie supplémentaire. Ils votent contre des propositions qui amélioreraient l’existant et en même temps ils votent contre leurs propres intérêts ; ils n’ont pas compris que si le bâtiment n’était pas entretenu, la Ville n’hésiterait pas à le détruire, par exemple afin de faire une liaison entre le futur espace vert de cinq hectares et le parc qui est juste derrière notre immeuble …

On a reçu des subventions : notre immeuble devrait donc normalement survivre, ce qui ne sera pas le cas de ceux qui ne font pas les mêmes démarches que nous pour réhabiliter leur bien immobilier. J’arrive à faire, sur de l’ancien, un bâtiment thermiquement et écologiquement correct, en maintenant une population pauvre sur les lieux.

Il y a une dimension sociale dans ma démarche. Certains petits proprios de ma copropriété se rendent compte que si je n’étais pas arrivée, leur bâtiment serait tombé en ruines et eux n’auraient plus eu de logement. Ce sont des gens en majorité à la retraite. Je suis originaire du Berry, au pied du Massif Central, la Vallée Noire, le pays de Georges Sand. Je viens d’un milieu ouvrier et paysan avec un système d’entraide entre voisins. De plus, je vis ici parce que je n’ai pas nécessairement les moyens de vivre ailleurs, que mon école, où je travaille, est toute proche. Ce quartier, c’est vrai est difficile, il y a beaucoup d’immigrés, ce n’est pas assez mixte : ce n’est bon ni pour la scolarisation, ni pour l’intégration.

Mon implication à Bâtir Sain

J’ai connu Bâtir Sain par l’ami d’une amie. J’ai assisté à une AG à Saint-Denis (93) dans une maison dans les champs retapée par APIJ-bat. J’ai pensé que ça avait l’air intéressant, les gens sympas, et j’ai participé aux voyages d’étude : Vorarlberg en 2008 et Bretagne en 2012. Je suis devenue membre du CA il y a deux ans. J’ai filmé les voyages, les gens qu’on a interviewés : j’espère monter ces films pour Bâtir Sain. J’ai fait une formation sur Pléïades® : je pourrais la communiquer, faire une formation pour les gens intéressés, bien que je pense pouvoir proposer d’autres de mes compétences, qui ne se limitent pas comme on peut s’en rendre compte, qu’à l’informatique. Peut-être qu’il y aurait un voyage à organiser dans le Berry. En effet, il y a un réseau agricole écologique intéressant. Un agriculteur a essayé de développer les murs en paille, d’autres cultivent du chanvre pour l’habitat. L’architecture paysanne est présente. A Neuvy-Saint-Sépulchre, il y a une foire dite biologique annuelle, au mois d’août, organisée par l’association « Gargaillou », du nom locale d’une plante, l’églantier : des conférences, des vendeurs de poêles à bois, des matériaux sains, du vin et des légumes bios s’y croisent. Je trouve qu’on pourrait la relier à l’architecture, l’habitat, l’urbanisme.

A Bâtir Sain il y a une multiplicité de personnes d’horizon divers, pas prétentieuses ; une sorte de famille, où la convivialité est de mise, et où ces membres savent des choses. Bien que savantes et compétentes, ces personnes ne se prennent pas pour les dernières idoles du quartier. Cela m’apporte des infos, un savoir-vivre, une convivialité. Il y a un côté déterminé, des idées qu’elles suivent sur le bâtiment sain. Elles sont assez rigoureuses, elles ne cherchent pas à devenir des starlettes de l’éco-bâtir. On a besoin d’échanger pour progresser. Le réseau professionnel de Bâtir Sain ne se limite pas qu’aux architectes, c’est important.

 

Tapoté le 23 juillet 2013
par Bérengère
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Tapoté le 24 juillet 2013 11:06 par Bérengère


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