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Compte-rendu du Café BioConstruction du 26 mars 2013 : L’état de la construction paille en Ile-de-France et son avenir

Invité : Jean-Baptiste THEVARD, membre du CA du Réseau Français de la Construction en Paille, RFCP Introduction : Volker ERHLICH, membre de Bâtir Sain Animation : Beatrix ORBAICETA, permanente de Bâtir Sain Prise de notes : Bérengère BROCHENIN, stagiaire à Bâtir Sain

Historique

Nous pouvons dire que les débuts de la construction moderne en ballots de paille ont eu lieu aux Etats-Unis, suite à l’invention des botteleuses, à la moitié du 19ème siècle, dans le Nebraska, état inclus dans la région céréalière des Etats-Unis d’Amérique, le Mid-West. La première utilisation historique des bottes de pailles pour un bâtiment date de 1886 : une école. Les bottes étaient alors utilisées sans ossature de bois verticale, selon la méthode naissante des "murs porteurs", dite Nebraska (réf. compaillons.eu). La Brooke House, Nebraska, 1903, est un autre exemple important. Les premiers brevets, toujours aux Etats-Unis, datent des années 1880. Si dès le début la paille fut reconnue pour ses qualités d’isolant, ce n’est qu’en 1938 qu’elle fut officiellement utilisée en isolation thermique aux Etats-Unis, en Alabama, dans un édifice en ossature bois : le Burritt Museum d’Huntsville. Côté européen, et en France plus précisément, en 1921 fut édifiée la Maison Feuillette présentée dans le n°56 de La Science et la Vie du mois de mai de cette même année : lien. Il y a également des exemples en Allemagne.

Aujourd’hui-Construire

D’une manière générale la construction en paille ne démarre réellement des deux côtés de l’Atlantique qu’aux débuts des années 1980 grâce à des travaux américains et québecquois. Aujourd’hui, en France, il n’existe pas de principes constructifs en paille porteuse légalement reconnus ; il existe des règles professionnelles de la Construction Paille qui s’applique à la paille comme matériau isolant et de remplissage. Des techniques de construction coexistent toutefois et sont mises en œuvre : la technique du GREB, la technique Nebraska, ossature bois à large entre-axe (de 3 à 4 mètres), ossature bois à faible entre-axe (60 cm). Le recensement des constructions en paille en France, début 2010, à l’initiative de l’association bretonne Empreinte, établit l’existence de quelques 700 édifices ; on atteindrait aujourd’hui les 3 000 édifices. Deux régions sont particulièrement impliquées : Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Région-Centre, qui partagent la même base de données. Selon l’INRA, il n’y a pas de compétition à craindre entre la paille d’usage agro-alimentaire et à destination de la construction, le pourcentage destiné à ce dernier usage tourne actuellement autour de 2% (et 10% pour le fourrage, 6% pour le retournement) et escompté dans le meilleur des cas à l’avenir autour de 6%. Un élément essentiel de la bonne mise en œuvre des Règles Professionnelles de la Construction en Paille sont les Fiches d’Autocontrôle qui participent notamment à la lutte contre les ponts thermiques. Bien mise en œuvre, la résistance thermique R d’un mur en botte de paille est excellente, entre 5 et 8 m2.K/W (lambda entre 0,04 et 0,07 en fonction du sens horizontal ou vertical des pailles), au point que la Maison Feuillette, toujours debout et à l’enduit extérieur d’origine (chaux et sable), présentait en 2005 de ce point de vue une performance équivalente aux standards. Ces données thermiques s’entendent pour une épaisseur allant de 35 à 45 cm. Signalons deux chantiers d’importance puisque concernant des ERP en France aujourd’hui : le chantier des architectes Sonia Cortesse et Bernard Dufournet, associés au bureau d’études Gaujard Technologie, à Issy-les-Moulineaux, 92, construction d’une école isolée en paille (lire : http://www.lemoniteur.fr/199-materi...) ; et le groupe scolaire « Résistance », projet de l’atelier Méandre, Emmanuelle Patte et Christian Hackel architectes, à Montreuil (93) visitable le 29 mars prochain avec l’ADEME et le 18 avril avec la Fédération Nationale du Bois.

Aujourd’hui-Isoler

Une botte de paille destinée à la construction fait à l’heure actuelle entre 35 et 45 cm d’épaisseur. Serait-il possible d’envisager une épaisseur de 20cm pour une isolation par l’extérieur ? Dans le cadre des travaux d’isolation post-construction, la paille est en concurrence avec le polystyrène et des produits équivalents au polystyrène issus de l’agrochimie qui vont se développer. Il arrive en milieu urbain des systèmes ingénieux de moins en moins polluant ; le polystyrène graphité contient 98% d’air Le polyuréthane est très polluant, mais le polystyrène, ça se discute, non ? Argument opposé au tenant du polystyrène : peut être que paille en centre ville parisien n’est pas rentable (rapport prix/surface) mais qu’en banlieue il est plus pertinent de vivre dans 50m² bien isolés thermiquement en été comme en hiver et d’un point de vue phonique, que dans 100m² où on surchauffe en été et où l’isolation phonique est déplorable. L’écoconstruction, qui malheureusement reste, et restera ?, marginale, ce n’est pas que de la performance énergétique quoiqu’en pense Bouygues® et Saint Gobain®, encouragés par le CSTB : cycle de vie des matériaux, façon de mettre en œuvre, le confort thermique d’été, le phonique, la qualité de l’air.

Aujourd’hui-S’approvisionner

Sur la question de l’épaisseur de la botte, il y a aussi la possibilité de fabriquer ses propres bottes de paille (Nota : la densité de référence pour le calcul du R ou du lambda est 80kgm-3, référence des Règles Professionnelles). En Autriche, tous les matériaux doivent être certifiés (intervention de JBT) : aujourd’hui il y a des vendeurs de paille de construction, livrée sur palettes, filmée, ce sont des bottes calibrées. C’est à peu près le même prix que la ouate de cellulose, ce qui permet de donner le choix au consommateur, cette démarche étant possible parce qu’il y a un réel marché potentiel en Autriche pour la maison en bottes de paille. Les Autrichiens fabriquent également des caissons qu’ils remplissent de paille. Le produit panneau de paille compressé n’est pas isolant car trop compressé. La matière première paille est très abondante en France. En France le prix de la botte de paille achetée à l’agriculteur, 5-6 bottes de paille par mètre-cube … ? Le prix de la pose joue aussi. A noter le problème en Ile-de-France où tout coûte le double comparé à la province, et où de plus il faut selon VE faire venir la paille de province. Il faut faire jouer les avantages comparatifs : on est mieux isolé en paille qu’en fibres de bois (panneaux souples) ; la fibre de bois est chère. Le frein majeur reste les artisans : du fait de la très faible concurrence leurs prix sont élevés, d’autant qu’en général ce ne sont pas des artisans locaux. Une des premières choses à faire en Ile-de-France serait de regarder s’il y aurait des charpentiers volontaires pour construire en paille. Pour le Groupe Scolaire Résistance à Montreuil, c’est Isopaille®, une société du Mans, qui s’est occupé de la pose et de la fourniture. Pour le projet d’Issy-les-Moulineaux c’est la SARL Paille du Gâtinais, situé au Puiseaux dans le Loiret (45) et qui plus est a fait venir 10 000 bottes de paille de Toulouse alors que le Loiret fait partie de la Beauce, grenier à blé de la France … Il s’agit dans ce dernier cas d’un marché de 14 millions d’euros, dirigé par Vinci® : critiquer ne reviendrait-il pas à scier la branche sur laquelle nous sommes assis ? En Région Centre, on a définit trois types d’approvisionnement possibles sur la botte de paille :
-  Les circuits courts, relation directe artisan-agriculteur, valable si je construis quelque deux bâtiments par an, en milieu rural : je trouve mon fournisseur à proximité à chaque fois ;
-  En milieu urbain, des constructions qui ne sont pas toutes au même endroit : espace de stockage commun à plusieurs artisans, forme coopérative, des bottes calibrées disponibles ;
-  Production industrielle : production de bottes intégrée à l’entreprise sur site (Isopaille®) ou hors site (la botteleuse est calibrée pour\appartient à l’entreprise de pose dans les deux cas). Ne serait-ce pas plus au charpentier d’être en contact direct avec l’agriculteur ? Ca dépend des chantiers …

Aujourd’hui-Le marché

Peut-on construire des ERP en ballots de paille sans passer par Vinci® ou autres grands groupes immobiliers ? Oui, une salle de sports à la campagne, par exemple. Mais pour des chantiers de grande importance en général, les artisans de la construction paille ne sont pas organisés, par exemple il n’existe pas de regroupements d’artisans de la construction paille qui pourrait faire face à un tel marché. La construction en Ile-de-France, c’est beaucoup de MO publique, donc beaucoup d’ERP. On peut aussi considérer l’isolation par l’extérieur : il y a pas mal de rénovations en milieu urbain, et de l’autoconstruction. Les limites de la construction paille en association avec d’autres matériaux ? Aspect logistique : le bardage en bois a un coût, qui s’ajoute au coût de la construction en paille. D’après l’un des intervenants, la paille en préfabriquée a le meilleur rapport prix\performance énergétique du marché parmi : la pierre ponce, le monomur, le Woodbreaks ( ?), la fibre de bois, la ouate, en rénovation, en neuf ! Le préfabriqué-paille est vraiment intéressant. Pour pallier à une inertie insuffisante de la paille, on peut envisager la solution suivante : jouer sur les cloisons et le sol, prévoir des planchers lourds ; à l’extérieur bardage bois, préfabriqué botte de paille, à l’intérieur : Fermacell®, Placo®. Quand on pondère le coût de construction par rapport à la performance thermique, quelque soit la construction, la paille est la plus économe, sachant qu’on démarre toujours avec des R de 4, 5 ou 6, compte-tenu de l’épaisseur de la botte. Et puis le confort n’est pas que lié, on l’a déjà dit, aux performances thermiques des matériaux, l’hygrométrie est importante elle aussi, d’autres paramètres non mesurables en chiffre … Il faut trouver le bon équilibre entre étanchéité à l’air et perspirance. Pour assurer une bonne perspirance, dans le cas des caissons secs plus bardage : il faut un pare-vapeur ; dans le cas d’une construction humide : c’est juste une question de Sd, application de la règle des 5-1, c’est-à-dire que le Sd (Sd=mû*épaisseur en mètres, avec mû : résistance à la diffusion) extérieur doit être cinq fois plus faible que le Sd intérieur. La paille offre une bonne perspirance ; cette perspirance est insuffisante pour renouveler l’air, normalement (si les matériaux sont bien mis en œuvre en tous cas).

Conclusion

En conclusion, il faut soutenir la construction paille en Ile-de-France : un groupe stable qui défend l’idée d’une filière Construction Paille sur la région. Est-ce que cela doit incomber à une seule structure ? Donnera-t-elle naissance à une nouvelle structure ? Ou à une fédération de structures ? Il y a un travail à réaliser avec le Conseil Régional : répertorier les acteurs, les bâtiments. Vers quoi veut- on aller ? La rénovation ? Les priorités que mettra en évidence un état des lieux régional sont importantes. Dans certaines zones la construction neuve sera pertinente quand dans d’autres la rénovation le sera plus. La surélévation de bâtiments existants peut être un autre marché opportun. BO souligne qu’en Ile-de-France c’est souvent la MO publique qui porte l’innovation, incitée par les collectivités. Ces dernières ont besoin d’appuis techniques et de professionnels reconnus. C’est pourquoi un groupe de travail sur la Construction Paille, reconnu par une entité nationale qui travaille de son côté sur la règlementation, donnera un poids à la filière. Accompagner, sensibiliser, communiquer : autant de voies pour faire progresser une idée, des modes constructifs. Des systèmes incitatifs peuvent être les bienvenus, comme c’est déjà prévu dans certaines régions, avec un financement partiel comme pour les bâtiments BBC. Autrement dit des dispositifs de soutien à la construction paille peuvent être initiés par la Région : il peut y avoir des appels à projet, de la recherche menée aussi, comment améliorer la performance de la botte de paille en milieu urbain ? Des actions correspondant à un\des besoin\s doivent être menées localement : c’est-à-dire que certaines orientations sont propres à une région, comme la filière paille de lavande ou de riz en région PACA. En Bretagne, il faut tenir compte d’un tissu de petites entreprises affiliées à la CAPEB.

 

Tapoté le 17 mai 2013
par Bérengère
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